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A l'école du corps. Corps vivant-corps vécu: quelle(s) méthodologie(s)d'investigation en première personne des gestes professionnels? L'enracinement corporel de l'action (Petit, 2000), et plus largement l'ancrage du postulat phénoménologique dans les paradigmes actuels de la recherche en sciences humaines, poussent à tenter de s'approcher toujours plus près de la réalité de l'expérience telle qu'elle a été subjectivement vécue par l'acteur. À cette fin, le développement de méthodologies discursives, comme l'autoconfrontation (Theureau, 1992), l'autoconfrontation croisée (Clot, 1999), ou encore l'entretien d'explicitation (Vermersch, 1999) ont permis de franchir un cap important en contribuant notamment à la réintroduction du vécu subjectif du sujet. En effet, grâce au support de traces vidéo et/ou grâce au guidage des questions de l'interlocuteur rendant possible une réactivation de la trace mnésique, le sujet opère un retour sur l'expérience telle qu'il l'a vécue, la rendant ainsi accessible au chercheur. Mais, que l'on se place du point de vue de l'élève, de celui de l'enseignant comme de n'importe quel autre sujet professionnel (Jorro, 2002) cette méthodologie reste toutefois bornée aux limites de l'ineffable, c'est-à-dire aux capacités de l'individu à percevoir en lui les traces rémanentes de l'activité du corps vivant, puis de les traduire en une sémiotique qui sache rester fidèle à l'esthésiologie : « notre incompétence à objectiver le corps vivant dans une description subjective est un premier biais méthodologique pour le sujet lui-même dont il se rend plus ou moins compte lorsque dans les récits il cherche ses mots ne parvenant pas à qualifier ce qu'il ressent, sans être certain si cette expérience si vive corresponde bien à l'intensité de ses sensations ou à sa sensibilité ainsi exacerbée » (Andrieu, 2013). Si cette difficulté ne renie en rien la richesse des émotions suscitées par l'immersion en situation professionnelle, la compréhension du monde et de l'action reste d'abord liée une signification incarnée qui précède l'intellection (Merleau-Ponty, 1942) : reconstruit a posteriori, une partie de l'acte échappe donc à l'investigation puisque « ... l'acte est dans le “je suis en train de faire”, “je suis encore actif”, tout le temps que je me tiens dans le point maintenant et que je fais jaillir cet acte » (Husserl, 1931). Le discours émanant du corps vécu se heurte ainsi à l'affadissement du vivant dans lequel le sujet n'est plus que le spectateur de sa propre expérience. Dès lors, dépasser cette limite et faire un pas méthodologique supplémentaire vers « l'envers du des-corps » induit d'insérer les outils directement dans l'épaisseur et le temps du vivant afin d'étudier sa rémanence dans le vécu de l'expérience. Ainsi, dans le champ professionnel, comprendre les modes d'engagement des acteurs nous pousse à interroger l'aspect immersif des situations : que ressentent l'enseignant et l'élève au cours de l'interaction ? Que ressent le personnel soignant au moment de la prise en charge d'un patient ? Que ressent le patient lui-même ? Dans quelle mesure les traces comportementales traduisent-elle fidèlement dans les gestes professionnels l'impulsion sensitive initialement énactée ? quelle est la part du ressenti immédiat et celle de la stratégie plus contrôlée dans ces mêmes gestes ? quelle(s) mise(s) en jeu du corps est (sont) socialement permise(s) qui gèrent les corps, interagissent, gouvernent aussi ? Quid du gouvernement des corps ? Centrée volontairement sur une approche pluridisciplinaire du corps et du geste professionnel en première personne, l'organisation de cette journée d'étude se donne pour ambition de rassembler un ensemble de chercheurs et de professionnels de champ variété d'activités interpelés par la construction et l'utilisation scientifique d'une méthodologie de recherche en première personne subjective du corps vivant. Nous sollicitions toutes les expériences des situations éducatives du corps, corps à l'école (Parayre 2013), l'école du corps, le corps au travail, corps malade, corps en sport ( Andrieu ed., 2013), l'expérience handie (Pierre Dufour, 2013). A titre d'exemple, et sans que cela ne soit restrictif, les propositions pourront porter sur : - La confrontation de l'enseignant ou de l'élève aux traces de sa propre activité dans une perspective d'analyse et/ou de formation ; - L'utilisation de la vidéo embarquée dans l'étude du point de vue en première personne dans la sphère sportive et/ou professionnelle ; - La mise en jeu et l'en-jeu du corps en milieu institutionnalisé ; - Les stratégies de régulation affective des agents professionnels et leur inscription dans le corps vif ; - L'analyse en première personne dans une perspective méliorative : perspectives de formation professionnelle initiale ou continue quels que soient les champs d'activités (éducatives, sportives, de soins, professionnelles, de loisirs....). Différentes formes de communications sont envisagées : - 4 communications orales plénières d'une durée de 30 minutes (questionnement inclus) - Ateliers débats : exposé thématique de 20 minutes initiant un dialogue entre plusieurs invités o Atelier 1 : à l'école du corps vivant : son émersion dans le vécu en 1ere personne (BA) o Atelier 2 : corps institutionnels: enjeux socio-historiques (SP & J.D) o Atelier 3 : le corps vécu dans les gestes professionnels (NGP) o Atelier 4 : vers une méthodologie scientifique en première personne subjective (NB) - communications affichées - projection de vidéos en première personne subjective (Go Pro, Partenariat avec le CNAC par BA)

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